Octobre 2009
Introduction (fumeuse) - samedi - dimanche - lundi - mardi - mercredi - jeudi - vendredi
Octobre 2009, un samedi pluvieux ou "comment quelques idées noires et désagréablement élitistes peuvent être chassées d'un simple coup de fusil"
Je viens de quitter depuis peu Astromechanica Federatis, une corporation et alliance bien sympathique mais d'une dimension qui comprime mes velléités libertaires. J'erre un peu comme une âme en peine, je fais tourner quelques ships en station avec la souris, je zoome, je dézoome. Je sens monter un ennui égal à celui que ressent ma grand-mère quand elle me voit débouler dans sa maison de retraite et lui tendre son chéquier. Je sortirais bien pour essayer de tuer un type - je parle in game - mais je sens que ça va encore se terminer par l'exact opposé. Là, en station, tout ce que je risque, c'est une déco sauvage. J'en viendrais presque à l'espérer : je donne des petits coups de pied dans ma box, nonchalamment. Dehors, il commence à pleuvoir.
C'est ainsi que l'on commet l'irréparable. Je pourrais appeler un ami héroïnomane et lui proposer d'enfin partager avec lui sa passion pour les paradis artificiels et le vol de sacs à main, mais j'hésite à la simple idée de devoir le fouiller au corps, quand il repartira, pour récupérer ma carte-bleue, mes revues éducatives pornographiques, mon service en porcelaine que je tiens de ma grand-mère du jour où son chéquier était vide, et le piano aqueux sur lequel j'aime tant jouer quelque mélopée sirupeuse qui offre à mon proche voisinage une bonne raison de souhaiter une aggravation subite de ma blennoragie traînante. Et puis, la simple image de son rottweiller rachitique en train de se lécher la tumescence cancéreuse qui lui fleurit la bite, tout en recouvrant de poils gras la peau de bébé panda qui met en valeur ma fausse cheminée, suffit à me faire changer d'avis. Alors, presque par inadvertance, je clique sur l'onglet du chan fr.
Je ne donnerai pas les noms des coupables, ma famille ascendante ayant suffisamment oeuvré pour la délation au siècle dernier, mais c'est fou le nombre de connards qu'il y a aujourd'hui sur le chan. C'est week-end... Les parents s'adonnent en catimini aux joies d'une sexualité qu'ils croient débridée et qui n'est que mornes enchevêtrements de corps blêmes et flasques sporadiquement secoués par la hâte d'en finir, car déjà résonnent dans le salon les premiers mots d'un journal télévisuel aux accents de la voix de son maître. Assourdis par leurs propres halètements, ils laissent leurs bambins biactolés profiter de ces instants éphémères de solitude adolescente pour se connecter à Eve et s'amuser enfin à se faire passer pour de jeunes trentenaires à l'esprit qu'ils croient vifs, tant l'idée qu'ils ont de la vivacité se résume aux mouvements mécaniques qu'il imposent si souvent au membre à peine formé qui assurera, hélas, la pérennisation de leur poignante espèce.
Non, j'ai pas la haine. C'est juste qu'il pleut.
Je parcours le chan de l'oeil curieux du flic aviné qui vient de ramasser trois putes un samedi soir et se prépare à une nuit inoubliable, sachant à mon âge avancé que c'est au coeur de la plus épaisse et la plus puante des tourbes que l'on cueille les plus belles pépites, à défaut d'un streptocoque qui occupera les heures perdues de quelque interne en mal de vivisection. Et là, miracle, j'entrevois les tentatives désespérées d'un noob pour obtenir des informations, tout maladroit qu'il est et un peu ridicule, aussi, à vouloir écrire dans sa langue natale, comme si ce gueux voulait, par ses termes choisis, prouver sa bonne volonté, son humanité, ou le simple fait que son liquide rachidien supporte autre chose qu'un oedème turgescent. Un prétentieux, donc, même pas foutu de raconter une tranche passionnante de sa vie incroyable, sans doute parce que ses parents, déjà, à petits pas coupables, reviennent au salon.
Il pleut de plus en plus. Un vautour vient se poser sur le bord de la fenêtre et grignote un rideau.
Saisi d'une inspiration rare, j'attrape le noob par sa liquette, le secoue au dessus du chan pour en faire dégoutter les quelques sédiments qui s'attachent à sa jeune peau rose de noob, le plonge rapidement dans un bain d'acide pour finalement le déposer précautionneusement dans mon propre chan privé, où s'ennuient à mourir mes deux avatars. Je lui sers une bière fraîche, quelques toasts tièdes et un accueil chaleureux. Des bouffées d'humanité ravivent le rouge passé de mon visage buriné par les ventilos du PC, je sens le flux vital parcourir à nouveaux mes artères, nous sommes désormais deux, je vais pouvoir créer ma corporation.
Un coup de fusil éclate, le vautour s'effondre sur une ultime plainte, un rayon de soleil s'en vient caresser son plumage luisant. Putain, ça va mieux, et ce soir je bouffe de la volaille.
Demain, je prendrai le temps de mieux connaître mon noob et peut-être, pourquoi pas, lancerai-je les prémices des fondations de ma corporation, havre de paix où viendront plus tard s'échouer quelques cas sociaux qui n'auront rien à m'envier.
C'est fou cette histoire. Et donc Juan-Renato va épouser Maria-Eloisa ou rester avec Fernanda ???
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