Ad Libitum, la corporation la moins ambitieuse d'Eve Online
  CORPORATION FRANCOPHONE AUX ASPIRATIONS MEDIOCRES ET AUX PRETENTIONS RIDICULES
 

Le journal d'un apprenti C.E.O
en temps réel ou presque,
par Diogène L.

Présentation Recrutement
Objectifs Contacts

Octobre 2009
Introduction (fumeuse) - samedi - dimanche - lundi - mardi - mercredi - jeudi - vendredi
Novembre 2009
Résumé d'un mois fougueux comme un cheval mort
Décembre 2009
samedi

Octobre 2009, un mercredi sous amphétamines, ou "comment habilement préparer son arrivée en milieu hospitalier"

Le métier de C.E.O présente deux caractéristiques intéressantes. La première est l'absence totale de considération que vous rencontrez de la part de vos corpmates, tous convaincus que la pitance que vous leur servez n'est que les reliefs du brouet que vos chiens n'ont pas pu terminer.

La plupart de vos fidèles vous imagine vautré dans le taffetas, les yeux embrumés par quelque drogue luxueuse importée du 0.0, les mains embagouzées caressant les rondeurs encore incertaines d'une naïade minmatar dont les premières règles appartiennent au futur. Quand ils vous pensent assis, c'est le cul sur un trône, quand ils vous voient couchés, c'est forcément sur quelqu'un et, si jamais il leur prend l'idée de vous imaginer debout, c'est pour changer l'ampoule de la lampe à facettes qui tourne au-dessus de votre jacuzzi. On ne peut pas dire que l'image du C.E.O soit des plus reluisantes, et on ne saurait jamais trop remercier pour ça les multiples nababs ventripotents qui se sont abreuvés aux mamelles du pouvoir.

J'entends déjà mes confrères hurler à la désinformation tandis qu'une feinte indignation agite leurs mandibules engluées de nectar. Comme quoi la nécrose du foie n'est pas un frein à la perpétuation par les becs sucrés de cette légende à la dure carapace : les C.E.O vous aiment, les C.E.O pensent à vous, les C.E.O vous guideront jusqu'à Cocagne où vous pourrez enfin relâcher vos muscles fessiers désormais épargnés par les coups de babouche du sévère mais juste calife, oui, celui-là même qui, aujourd'hui encore, s'est offert votre femme sur un coin de la tablée au nom du sacro-saint Bien Commun.

Il en est des corporations comme des états totalitaires : seuls ceux qu'on et dont on abuse croient encore à la bienfaisance du système, tandis que ricanent quelques dodus matous accrochés au banquet comme le crabe au poumon. Je postais récemment quelques offres de recrutement sur un quelconque canal quand j'eus pour réponse : « une corporation, c'est forcément une dictature, sinon ça marche pas ». Après vérification, je pus voir que l'axiome emportait l'adhésion de nombreux participants, tous, bien sûr, membres d'une corporation. Ah, qu'il est pitoyable le boeuf trottant vers l'abattoir et chantant allègrement les louanges de l'équarrisseur ; qu'elle est triste la femme embleuie par « son homme » et qui finit par croire que cette couleur lui sied. La grande victoire des dictatures a toujours été d'être portées par ceux-là mêmes qu'elles ravalent au rang d'esclaves : il y a, dans les yeux de mon chien, une adoration sans faille que la cravache stimule bien mieux que la caresse.

Ainsi, cahin-cahant, le petit peuple enfile le pas aux caciques, partagé entre un abandon confiant et une haine qu'il sans cesse réfute, tant elle mettrait en cause sa propre et indigne soumission.

Si je cogne ainsi à grands renforts de métaphores deuballesques sur mes congénères, et ceci sans la moindre nuance car la nuance apporte à l'humour ce que le bromure offre au gingembre, c'est pour mieux exprimer la difficulté que l'on peut rencontrer à recruter des joueurs qui accepteront vraiment, sans concession, d'entrer dans un système où leur liberté est conservée, voire encensée. Encourager cette liberté est une forme d'exigence : celle de l'initiative, de la créativité et de l'autonomie. Oh, je n'ai, pour l'instant, nullement à me plaindre des recrues d'Ad Libitum, lesquelles semblent toutes posséder cette étincelle vitale qu'on appelle également libre arbitre.

Aujourd'hui, je parcours des yeux la liste des membres et éprouve une satisfaction, sans doute déplacée, à la voir s'allonger chaque jour un peu plus, s'enrichir de nouveaux esprits et de nouveaux coeurs vaillants. Car, dans quelques temps, au nom de l'intérêt de tous, je pourrai enfin réaliser mon rêve : faire plier et se rompre les meilleures volontés, donner le goût du fouet à tous ces misérables et contempler, jamais repu, toujours avide, la cohorte des pères venus m'offrir leurs filles, le cheptel des filles m'abandonnant leur cul et la pyramide de ces culs édifier ce trône que j'ai tant convoité.

La seconde caractéristique du métier de C.E.O nécessite de rappeler une des différences entre un bon et un mauvais C.E.O. Les deux ont pour principe de déléguer, mais la ressemblance s'arrête là. Le mauvais C.E.O déléguera les tâches ingrates, leur accolant des titres honorifiques de cette veine : "Grand Organisateur des Coffres Royaux" (trie, repackage et range les items dans des containers toute la journée), "1er Ambassadeur de Son Illustre Omnipotence" (se tape la lecture de tous les chans alliance et se doit de passer des heures à papoter pour entretenir l'illusion d'une franche camaraderie), "Alchimiste Céleste de la Sainte Inquisition" (passe sa vie dans une POS à sortir des modules T2 tandis que claque la porte sur les talons de sa femme), et j'en passe.

Inversement, le bon C.E.O se fera un devoir d'accaparer les tâches rebutantes pour mieux laisser aux autres les plaisirs d'une gestion facile et la pleine occupation de postes réjouissants. Partant du principe élémentaire qu'il me serait plus facile de soumettre ces gueux en leur donnant l'illusion d'être nantis d'un chef aussi altruiste que besogneux, j'ai choisi dès le début la voie la moins aisée, persuadé qu'à défaut d'y parvenir, je pourrais suffisamment tromper ce petit peuple crédule et avide de bons sentiments.

Il faut reconnaître que j'y parviens assez efficacement, la seule incertitude étant ma capacité à ne dormir que 2 heures par jour sur un terme plus long. C'est à la profondeur de ses cernes et au tremblement de ses mains que, finalement, on reconnaît le bon C.E.O. Ayant trouvé un certain confort dans l'alimentation sous perfusion, je peux désormais apporter à chacun son content d'attentions, prodiguer conseils et recommandations d'une voix faussement badine et sereine, tandis que s'accumulent à mes pieds les paquets de cigarettes vides, les tubes de vitamine C et les sachets de caféine que j'ingurgite sans eau pour pisser moins souvent.

Quand j'accéderai au pouvoir ultime et broierai tous ces pauvres types dans ma poigne d'airain, on ne pourra pas me reprocher de n'avoir pas sué sang et eau pour en arriver là.


C'est très clair. Mais que sont vraiment devenues ces salopes de clodettes ?