Ad Libitum, la corporation la moins ambitieuse d'Eve Online
  CORPORATION FRANCOPHONE AUX ASPIRATIONS MEDIOCRES ET AUX PRETENTIONS RIDICULES
 

Le journal d'un apprenti C.E.O
en temps réel ou presque,
par Diogène L.

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Objectifs Contacts

Octobre 2009
Introduction (fumeuse) - samedi - dimanche - lundi - mardi - mercredi - jeudi - vendredi
Novembre 2009
Résumé d'un mois fougueux comme un cheval mort
Décembre 2009
samedi

Octobre 2009, un mardi couvert, mais ça va, on peut pas se plaindre, quand on pense à toutes ces maladies qu'ils nous ont inventées, ah bah, c'est pas nous qu'on est les plus malheureux, allez, remets-moi ça, Raymond, ou "Comment Fernand Raynaud m'a sauvé d'un manque d'inspiration flagrant dû à une joie de vivre tout à fait incongrue."

Le premier café, la première cigarette, la première quinte de toux sont les rituels matinaux qui donnent à nos vies d'oisifs ce relief essentiel à notre humanité. C'est étrange et très nouveau, je ne me sens pas étouffé par la misanthropie ce matin, sans doute parce que je n'ai pas pris le temps d'aller lorgner sur Google Actu. Les conneries tragi-comiques de mes frères humains n'ont pas trouvé leur chemin jusqu'à mon âme souffreteuse, le nain fébrile peut continuer à trépigner sur ses talonnettes, le cliquetis hystérique de son pas arythmique ne parviendra pas à couvrir les entrechats sonores d'un brahms au meilleur de sa forme. Il peut toujours sautiller, Zébulon, dans le meilleur des cas, c'est dans mon cul qu'il s'enfoncera. D'accord, on avait dit pas de politique, mais est-ce faire de la politique que de s'intéresser d'un oeil distrait aux micro-organismes pathogènes qui prolifèrent sans joie sur les déjections fumantes d'une nation de pleutres ? Non, mes amis, ce n'est que de la science, rien que de la science, et profitons dès à présent de son charme ineffable quand elle devient fiction.

D'un clique presque joyeux, je me lance dans le monde impitoyable du far-west spatial où s'ébattent, se débattent et se battent mes compères de New Eden. J'en ai presque oublié la corporation balbutiante dont j'ai accouché la veille, fruit de rapports quasi incestueux avec ce clone triste d'Hekariss dont la fréquentation n'est pas de celles dont on se vante, loin de là : il est de cette espèce qui vous hèle bruyamment dans les soirées mondaines tandis que l'on feint maladroitement d'être absorbé par la croissance végétal du premier ficus qui nous tombe sous les yeux. Surprise ! Mon bouton mail clignote et ce n'est ni pour une histoire d'assurances, ni un message d'insultes émanant d'un quelconque concurrent - je les collectionne, même si la plupart ne me sont pas adressés personnellement, mais à un certain Motherfucker, sûrement un bug - non, c'est une proposition d'incorporation. Elle est drôle, elle est bien écrite, j'en vacille d'émotion.

Quand nous prenons contact, je rencontre un joueur fatigué de la fratrie congénitalement affaiblie qu'il a récemment rejoint, désireux désormais de parcourir les wormholes en quête de la Pierre Philosophale ou de quelques loots puisés à même le corps encore tiède de ces cons de Sleepers. Et puis, voilà un type qui, dans la vraie vie, fait du pain. Un type qui fait du pain ne peut pas être foncièrement mauvais. C'est comme un type qui fait du vin, ça se repère au pif : l'un sent la tiédeur des fourneaux, l'autre sent le bouchon. A eux deux, il ne leur reste plus qu'à trouver le type qui fait le fromage, et ce trio parfait accordera ses instruments pour la plus grande gloire de la convivialité. Il me revient alors en mémoire ce sketch de Fernand Raynaud - pour les plus jeunes, Fernand Raynaud était un comique cynique et moderne du siècle précédent, qui ouvrit la voie à l'humour populaire et grinçant du sieur Coluche. Je ne résiste pas à l'envie de vous soumettre ce texte, léger et croustillant, comme une blonde baguette, ça tombe bien :

«...
Hop là ! Vous avez vos papiers ? Qu'est-ce que c'est ce travail ?

Encore un étranger. Ils viennent manger le pain des Français. Je suis douanier. Je suis pas un imbécile. Ah non. Je n'aime pas les étrangers. Je répète, ils viennent manger le pain des Français.

Parce que, moi, je suis Français ! Et je suis fier d'être Français !

Mon nom à moi, je m'appelle Kulakstienski du côté de ma mère ; et Piazzano Banditti, du côté d'un copain à mon père.

Je n'aime pas les étrangers. Ils viennent manger le pain des Français.

Dans le village où j'habite, on a un étranger. Quand on le voit passer, on dit, on dit, tiens, ça, là, ça - c'est l'étranger. Comme un objet. On n'a pas de respect. Comme on a du respect pour un être humain, on ne dit pas "ça", là, non. On dirait : "ce monsieur".

Quand sa femme passe, l'étrangère, baissant la tête, on dit "Celle-ci", c'est l'étrangère. Ils viennent manger le pain des Français.

L'autre dimanche, à la messe de dix heures, j'avais été communier au café d'en face. L'étranger voulait me parler. Moi j'avais d'autres choses à faire, j'avais mon tiercé à faire, enfin... je suis douanier. Je suis pas un imbécile. Enfin, du haut de ma grandeur, étant fonctionnaire, j'ai daigné l'écouter, cet imbécile. Il est étranger, forcément. Il m'a dit : "Mais ne pensez-vous pas que vous êtes ridicule, à notre époque, de ne pas aimer les étrangers ? Réfléchissez, quand un chirurgien opère un coeur humain, que ça soit à Pékin, Stockholm, Moscou ou Washington, il s'y prend de la même manière - nous sommes tous égaux."

Je n'ai rien compris à ce qu'il voulait dire ! J'en ai conclu qu'il était bête. En effet, lorsque quelqu'un s'exprime, et que l'on ne comprend pas ce qu'il dit, c'est qu'il est bête. Et moi je ne peux pas être bête. Je suis douanier...

J'aime pas les étrangers. Ils viennent manger le pain des Français.

Il m'a répondu : J'en ai ras-le-bol, moi. Votre pain, et votre France. Je m'en vais.

Il a foutu le camp. Il a pris sa femme, ses enfants, sa valise, il est monté sur un bateau, il est parti loin au-delà de la mer.

Et depuis ce jour-là, dans notre village, nous ne mangeons plus de pain. Il était boulanger ! ...»

Voilà, grâce à toi, mon Fernand, j'ai atteint la bonne longueur de page et tu m'auras permis de remonter in extremis la qualité de cette bafouille qui partait bien en [rime]. Pour voir le gars Fernand dans ses oeuvres, c'est par ici.


J'ai comme l'impression qu'à un moment précis, on va aborder le métier de C.E.O... Je m'trompe ?