Octobre 2009
Introduction (fumeuse) - samedi - dimanche - lundi - mardi - mercredi - jeudi - vendredi
Novembre 2009
Résumé d'un mois fougueux comme un cheval mort
Décembre 2009
samedi
Octobre 2009, un jeudi ce que je veux ou "comment renverser une dictature sans verser une goutte de son sang"
Ce matin, en débarquant chez Diogène, j'ai d'abord cru qu'un des nombreux types qu'il avait floués, trompés, arnaqués ou tout simplement déçus était venu mettre un terme à son simulacre d'existence. Un rapide coup d'oeil m'a permis de trouver le véritable coupable : en titubant vers son pucier, il s'était pris les pieds dans sa perf' et défoncé le crâne contre un angle du four à micro-ondes, rapproché du bureau pour des motifs logistiques assez contestables.
J'en profite donc pour prendre la suite de ce journal, car il faut être honnête, il semble acquis que mes prédispositions pour le violon soient définitivement entravées par mon incapacité à rester sobre plus de deux heures d'affilée.
Je relis rapidement son travail de la veille. C'est pas joyeux. Il va nous fâcher avec à peu près 90% des corporations du jeu à dévoiler ainsi les coulisses du pouvoir. Je balance un coup de pied dans sa jambe la plus proche.
- T'as publié ça ? je demande.
Il gémit sournoisement. Je vais dans la cuisine remplir un verre d'eau et reviens le lui balancer en travers du visage. Le sang séché s'humidifie et commence à ruisseler. C'est vraiment pas beau à voir et je sais qu'il va s'en servir pour m'apitoyer. Je me penche sur lui et essuie sa face tuméfiée à l'aide d'un revers de sa robe de chambre. Son oeil gauche ressemble à s'y tromper à un oeuf au plat.
- Arrête un peu ton cinéma, tes ruses de sioux à deux balles, je les connais toutes.
Il fait semblant de pleurer de douleur. C'est vraiment n'importe quoi. Je l'attrape sans ménagement sous les aisselles et le jette dans son fauteuil. Le cri qu'il pousse ne ressemble pas à grand chose. Raté, Diogène. Ce serait filmé, on la referait.
- Ce que t'as écrit, là, c'est en ligne ?
Il secoue la tête, comme si parler était haut-dessus de ses forces. C'est surtout qu'il a honte, je le connais.
- C'est mesquin, je dis, tu craches dans la soupe. On peut pas être des deux côtés du fouet. Tes problèmes de conscience, c'est de l'ordre de la confession. Si tu crois qu'on va t'absoudre de tes intentions sous prétexte que tu les dévoiles, t'es vraiment le pire des hypocrites.
- Mal... qu'il soupire.
- Malheur à moi ? C'est ça ? T'as raison, mec, maudis-moi, car je vais faire en sorte de te protéger de toi-même, et ça va pas te plaire.
- Mon oeil... qu'il gémit.
- Tu vas voir, mon oeil. Je vais te régler le problème en quelques minutes. Ta faculté de nuisance se cantonnera désormais à tuer tes copains morpions. Après leur avoir fait croire qu'ils étaient les bienvenus, bien sûr, change pas tes méthodes de recrutement pour moi.
Pendant qu'il simule un évanouissement – s'il est encore capable de faire ça, c'est qu'il ne va pas si mal – je me plante devant l'écran et me rends sur notre forum corpo. Je lance Eve simultanément et vérifie dans les mails qu'on n'est pas encore wardec. Quelques nouvelles recrues me saluent, la politesse est un de nos critères d'entrée les plus stricts.
- Salut Heka !
- Salut, les gars, ça roule ? On se fait une petite opé explo ce soir ?
- Pourquoi pas maintenant ?
Je ne sais pas trop quoi répondre. Ils ne sont pas censés savoir que je dois changer la ficelle de l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes.
- lol, j'écris.
C'est un peu court, mais ça me laisse le temps de réfléchir.
- Là je peux pas. Y a Dio qui travaille ses abdos et je dois ensuite prendre sa tension. Je passais juste changer mes skills.
- Ok, passe le bonjour à Dio.
- Avec plaisir.
Tu parles. Le seul truc que j'ai envie de lui passer dans l'immédiat, c'est la corde au cou. Je ferme Eve et retourne sur le forum. En quelques lignes, je présente une des nouvelles caractéristiques de la corporation, tout ça sous le pseudo de Diogène et en imitant sans difficulté son style empoulé et pontifiant. Désormais, il n'y aura plus de C.E.O fixe, mais une rotation de 15 jours pendant laquelle chaque membre pourra être C.E.O. Je complète mon post en précisant qu'Hekariss conserve tous ses pouvoirs et j'utilise le mot "inaliénable" pour qu'on vienne pas me les briser ensuite. Allez hop, j'envoie. Je me tourne vers l'Enflure :
- Affaire réglée, tu portes désormais un nouveau titre : "Grand Colporteur des Affaires Urgentes". Ouais, tu m'as compris, c'est toi qui conduiras l'indus. Je te fais un link vers Jita.
Devant son silence consterné, je décide d'appeler finalement le SAMU. Et qui c'est qui sera bien couillon quand il se réveillera à l'Hôtel Dieu, moqué par tout le personnel hospitalier ? C'est dans ces moments-là qu'on voit que je suis pas le type qu'il faut emmerder.
Nous, ce qu'on aimerait bien, c'est savoir qui écrit la petite phrase en bas à chaque fois ? |