Ad Libitum, la corporation la moins ambitieuse d'Eve Online
  CORPORATION FRANCOPHONE AUX ASPIRATIONS MEDIOCRES ET AUX PRETENTIONS RIDICULES
 

Le journal d'un apprenti C.E.O
en temps réel ou presque,
par Diogène L.

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Octobre 2009
Introduction (fumeuse) - samedi - dimanche - lundi - mardi - mercredi - jeudi - vendredi

Introduction, ou "comment j'ai voulu recruter des NPC avant de me tourner vers des intelligences plus organiques"

Pour moi, tout a commencé par une nuit sombre, le long d'une route solitaire de campagne, alors que je cherchais un raccourci que je ne trouvai jamais. En fait si, je l'ai trouvé, mais j'ai bien galéré et j'ai filé mes bas dans les ronces – je revenais d'une réunion des « Anciens du RPR », torride.

En attendant la dépanneuse, je me suis penché sur un problème qui me tenait à coeur depuis la sortie d'Apocryphia : comment réunir des joueurs ayant poussé leur scolarité au moins jusqu'au CM2 autour du projet simplissime de jouer ensemble, dans la bonne humeur, tout en mettant à l'amende certains leitmotivs comme « une corporation, c'est forcément une dictature », ou « la plupart des C.E.O finissent sous un pont, couverts d'opprobre et de salive, la gueule fendue à coups de lasers T2. »

Apocryphia m'avait – semblait-il - apporté la solution sur un plateau, en introduisant dans le jeu des NPC intelligents, les Sleepers. « Par Heineken, m'étais-je dit, je suis sauvé ! » Car comment ne pas entrevoir dans cette nouvelle population la solution immédiate à mon problème ? Des NPC intelligents ! Ma corpo allait enfin exister.

Dans un premier temps, j'échouai à trouver leur canal de discussion mais je compris vite que les interférences qui enveloppent les fameux wormholes étaient responsables de cette échec. Peu enclin au découragement et même stimulé par la difficulté naissante, j'appris à prober un système, trouvai mon premier trou noir – enfin, dans le jeu – retournai en station pour charger en soute quelques colifichets et autres breloques propices à séduire les populations indigènes les plus réfractaires à l'enthousiasmante culture capitaliste - sous le prétexte larmoyant colporté par quelques fumeurs de marijuana et autres populations allergiques au champagne, que « même une bête ne ferait pas ça ».

Sans la moindre hésitation, je plongeai dans le wormhole et m'introduisis goulument dans un univers inconnu et vierge de toute souillure humaine. Première déception quant à la virginité dudit système : 3 humanoïdes se jetèrent sur moi, sans doute désireux de s'emparer de mon stock de fanfreluches que leur insondable connerie confondait sûrement avec du loot pour T3. Pas de chance pour les pilleurs, je fus en cloak en quelques micro-secondes et tout ça sans le moindre rapport charnel car, oui, moi aussi, je suis béni entre toutes les femmes.

Je filai vers une planète quelconque à l'enveloppe insipide (un telex encore tiède me dit que ça va changer bientôt) et profitai du calme retrouvé pour entreprendre mes premières tentatives de communication avec les Sleepers. J'utilisai pour ce faire ce bon vieux canal local où beaucoup de joueur pensent que chaque phrase se doit de commencer par WTS ou WTB alors que VTFF fonctionne aussi bien.

« Roger, Roger, commençai-je, ou Bill, ou John, je suis venu en paix ». J'utilisais bien sûr la langue de ce peuple aux moeurs insulaires qui a depuis longtemps gagné mon respect : comment ne pas admirer ceux qui carbonisèrent l'illuminée d'Orléans et offrirent ainsi à quelques nostalgiques des holocaustes ordinaires une effigie à la hauteur de leur connerie : une pucelle, donc. Faut-il être sot et mysogine pour idolâtrer une femme qui n'a jamais servi et dont les connaissances en matière de caresses bucales ne dépassent pas le stade des sucettes à l'anis ? J'enchaînai ma diatribe destinée aux sleepers, dont je vous livre la version traduite, conscient de la difficulté que les Français éprouvent avec leur propre dialecte et a fortiori avec ceux plus élaborés et chantants des peuplades hexogènes :

« Amis Sleepers, moi venir en paix. Moi avoir dans sac magique très jolis objets brillants pour femmes à vous et aussi moyens de contraception très efficaces ! Moi venir vous apporter la vérité, la mienne, et vous venir avec moi pour former groupe sous le nom de corporation ! Moi être chef à vous, et vous êtres mineurs, prodeurs, missionneurs et pvpeurs à moi ! »

Je reconnais que je ne m'étais pas torturé les synapses pour la rédaction de ce texte, me contentant de recopier mot pour mot la déclaration de vassalité que signent la plupart des recrutés dans Eve.

« Mais ferme ta gueule, fuckin' bastard » me répondit un des trois décérébrés sur le canal local – je ne traduis pas fuckin' bastard car google translate ne me donne rien de cohérent, mais je suppose que c'est une sorte de petit pain fourré à la crème anglaise.

Cependant, nul Sleeper ne vint répondre à mon offre de partenariat. Il fallait donc entreprendre des négociations plus serrées, essentiellement basées sur une proximité fraternelle qui favoriserait la mise en commun de nos compétences dans l'optique d'une réalisation pérenne, comme le susurrait si bien l'enfant de gagneuse encravaté qui m'a récemment envoyé pointer aux ass'dick.

Je lançai 4 probes dans l'espace et retournai vite-fait à mon état d'invisibilité, le courage n'étant pas une des qualités qu'on remarque en premier chez moi. En moins de temps qu'il n'en faut à un nourrisson pour réciter le programme du parti socialiste, je découvris un complexe tribal qui ne pouvait être qu'un des lieux de vie des Sleepers. Sans déconnecter mon système de cloakage qui masque au regard des autres les formes sensuelles de ma cov-ops, je lançai un warp à 100 km de l'endroit, déboulai telle une fourgonnette bleue dans la nuit triste et affamée d'un groupe de réfugiés de, disons, Calais et pris le temps d'observer mes futurs corpmates.

Amassés en grappes de cinq à dix vaisseaux, ceux-ci ne se distinguaient en rien des NPC ordinaires, ayant à première vue la même prédilection pour le port de la croix rouge et une méchante tendance à rester à rien foutre autour d'une structure pourrie qui, semble-t-il, ne capte même pas TF1. J'utilisai à nouveau le canal local mais sans plus de succès.

Finalement, choisissant d'apparaître sous leurs yeux tel l'enfant qui vient de naître, je décloakai.

Le moins qu'on puisse dire des NPC intelligents, c'est qu'ils sont avant tout NPC. Je crois que le problème principal des Sleepers est leur impatience juvénile si propre aux tribus primitives et qui nuit totalement à leur insertion dans un monde où efficacité et optimisation sont de rigueur pour tout être qui ne veut pas que ses gosses lui rendent un jour ses coups de cravache. Le fait de m'avoir en à peu près 3 centièmes de seconde entièrement dénudé et débarrassé d'un matériel aussi coûteux que la peu des fesses de Carla Bruni (photos ici), prouve les difficultés que rencontrera sans doute le peuple sleeper à communiquer avec l'extérieur et à entretenir des relations soumises et bon enfant avec la civilisation blanche et protestante.

Ainsi, comme on vient de le voir, la solution la plus facile qui m'était venue à l'esprit en tant que futur C.E.O finissait en eau de boudin et, tandis que je regardais deux types bougons charger ma clio sur leur dépanneuse en maugréant contre l'alcoolisme au volant à quatre heures du mat', je décidai de n'embaucher que des humanoïdes, décision que je vous conterai on ne peut plus prochainement et ce sous la forme d'un journal, car on n'a rien inventé de mieux depuis les pamphlets germanophobes d'Anne Franck.


Ca continue ? Ouais, un peu...