Octobre 2009
Introduction (fumeuse) - samedi - dimanche - lundi - mardi - mercredi - jeudi - vendredi
Novembre 2009
Résumé d'un mois fougueux comme un cheval mort
Décembre 2009
samedi
Hekariss - Hé, salut, Diogène ! Tu te souviens que j'ai les mêmes droits qu'un CEO ?
Diogène - Mouais... D'ailleurs, je me rappelle pas trop comment j'ai pu te filer les accès...
Hekariss - Dans l'ordre ? Alors : téquilas frappées, ti-punchs à la diable et
la bouteille d'Armagnac que tu gardais sous l'évier.
Diogène - Ah oui, ça me revient... Et ?
Hekariss - Et, je me disais comme ça que ce serait franchement pas mal si je rédigeais le compte-rendu de cette journée... Après tout, c'est moi qui me suis occupé
d'organiser les hangars pendant ton lavage d'estomac et ça t'enlèverait une charge de travail, tout ça...
Diogène - Non.
Hekariss - C'est à dire que j'ai lu ton texte d'hier, tu sais celui avec le vautour - ah ah, t'étais en forme, mon salaud, je me suis bien marr... ouais, enfin, à un moment, t'as écrit un truc plutôt comique, bon, c'était, heu... tu prends toujours tes antidépresseurs au fait ? Bref, ce serait chouette
si, moi aussi, je pouvais participer à ce journal, surtout si on part du principe que c'est censé donner envie aux joueurs de nous rejoindre, même si je te concède que bousiller le moral des lecteurs est une expérience intéressante...
Diogène - Oui pour l'expérience, non pour le journal.
Hekariss - Voilà, voilà, c'est ce que j'aime chez toi : l'art de la négociation. Donc, je me suis dit, je vais apporter à Dio cette petite chose que voici, et comme ça, il va me laisser le bureau, la plume et le dictionnaire des synonymes. Tu peux garder la corde, j'en ai pas l'utilité.
Diogène - C'est quoi ce truc ?
Hekariss - C'est du veldspar, mon vieux, plein. Comme j'ai pas les skills pour miner, tu sais à cause de mon dos, j'ai pensé que tu serais inter... Hé, ciao, Dio, bonne opé minage, tu vas t'éclater comme un malade, mon coquin. Et oublie pas tes CD de Chopin !
Octobre 2009, un dimanche péchu sous un soleil de plomb, ou "comment découvrir que la mise en place d'une communication efficace fonctionne aussi sans rolex"
Aujourd'hui, Diogène m'a confié la partie communication pour la corpo qu'il veut monter. Il sait que j'adore communiquer donc, quand il est venu me chercher au bistrot où je racontais aux copains mes histoires de chasse quand j'habitais encore à Tarascon, j'ai tout de suite accepté. On s'est offert une petite réunion, il m'a présenté son noob, très sympa, dommage que la muselière l'empêche de participer activement aux conversations, mais il se débrouille de mieux en mieux en expression corporelle. Et puis, la bouteille descend moins vite à deux, je vais pas m'en plaindre.
La première chose à faire était la rédaction d'un texte de propagande enthousiaste et pétillant à glisser dans la description de notre corporation. Diogène avait déjà choisi le nom, un truc en latin, que personne ne comprendrait et qui nous ferait passer pour des intellos, super, ça allait drôlement faciliter le recrutement, surtout chez les Romains. J'ai suggéré qu'on pourrait aussi dire une messe avant chaque opé PVP, mais quand j'ai vu que ça suscitait son intérêt, j'ai imité le cri de la mouette engluée dans le mazout, en général, ça le fait mourir de rire, ça a marché et on est passé à un autre sujet.
J'ai pondu mon petit texte sur un coin de table pendant que Diogène réglait les attaches de la muselière de son noob, ce qui m'a permis de constater que le bleu n'était pas sa couleur naturelle. Dans ma bafouille, j'ai pris comme boucs émissaires les pauvres gars du chan fr avec l'impression désagréable de tirer sur une ambulance, mais Diogène y tenait, je sais pas ce que ce type a contre les simples d'esprit, ça doit remonter à ses années au petit séminaire. Personnellement, j'ai toujours été attiré par les médiocres : on brille d'un plus beau feu dans l'obscurité.
Seul problème, impossible de régler la taille de la police de caractères, c'était écrit tout petit et ça enlevait toute dimension grandiloquente à mon babillage. J'ai montré ça à Diogène avec un "show info" et il a soupiré : "faudrait me faire un site web, sur internet". Et en disant "internet", il a esquissé un geste vers le plafond, parce que pour lui, internet, c'est un truc dans les airs, loin au-dessus de nous.
C'est ce que j'aime chez les chefs. Ils disent "Faudrait m'enlever ces cartons, là". Le genre de phrase qu'il faut décrypter. Déjà "falloir", y a un aspect incontournable, c'est même pas possible d'imaginer le contraire : "va falloir", "il faut que", enfin, on n'a pas le choix, c'est très clair, si discussion il doit y avoir, ce sera pas sur ce mot-là. Après, y a "me". Le chef pourrait dire "Faudrait enlever ces cartons, là", mais le "me" change tout : déjà, on va le faire pour lui, pas pour nous et, vu la tournure de la phrase, il compte pas trop s'y coller. Lui, il énonce le problème. Déjà, il a l'idée, il va pas se taper tout le boulot. Après, le verbe : "enlever", ou "jeter", ou "classer", ou "ranger"... Même si c'est un piano, il va pas vous demander de lui jouer "le chant des partisans", mais de le monter six étages plus haut. Et puis ensuite, le complément d'objet. Là, c'est pas compliqué, c'est forcément un truc qui pèse au moins dix kilos, avec un minimum de prise et d'une valeur estimée entre "super cher" et "inabordable". Et, enfin, le "là", car c'est le patron qui donne le "là" et ça lui permet de désigner l'objet d'un ample et gracieux mouvement du membre supérieur, rien que pour vous prouver qu'il peut bouger un bras et qu'il pourrait les porter lui-même ces foutus cartons, si son temps n'était pas dix fois plus précieux que vos reins pourris. Voilà pourquoi, dans ma jeunesse, je suis devenu communiste, mais j'ai vite arrêté parce que j'en avais marre de charger les cartons de tracts dans la camionnette.
Là où Diogène n'avait pas tort, même s'il arrive à placer web et internet dans la même phrase sans se sentir ridicule, c'est que faire des pages web, c'est quand même ma première activité. Ça allait juste me faire bizarre de réserver un nom de domaine sans "porn" dedans, mais la clé de la survie passe par l'adaptation. Sans compter que de jolies couleurs, des textes mis en forme et un peu de légèreté enroulée autour d'un moyeu de sérieux ne nuiraient pas à la qualité de notre recrutement.
Voilà, c'est dimanche soir et le site est en ligne. J'ai pris quelques clichés dans le jeu pendant que Diogène faisait le beau en ships faction et que je le suivais en shuttle. Ensuite, on est rentré en station et j'ai découpé les photos en tirant la langue parce que j'ai la tremblotte quand on m'oblige à sauter l'apéro. Pendant ce temps-là, il inspectait la shuttle avant de la parquer dans le hangar corpo, et dieu sait que ça m'énerve quand il fait ça. La tremblotte, d'accord, mais pas au point de rater l'entrée de la station.
Maintenant, je dois retrouver Diogène pour le convaincre que, si on a écrit "0% de taxe" sur le site, c'est préférable qu'il ne les laisse pas à 50%. Toujours cette petite confusion entre engagements et propagande qui est l'apanage des dictatures parties pour durer mille ans et qui se cassent la gueule au bout de cinq.
Et Diogène, il va continuer à miner demain, hein ?
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